L'Etranger. Que savez-vous de
l'Espace ?
Définissez-le-moi
Moi. L'Espace,
Monseigneur, c'est la longueur et la
largeur prolongées à l'infini.
L'Etranger. Et voila. Vous ne
savez même pas ce que c'est que
l'Espace.
Vous le croyez formé de deux Dimensions seulement
mais je suis venu
vous en annoncer une troisième :
longueur, largeur et hauteur.
Tout le monde se plaint du capitalisme et de ses dérives mais, depuis que nous sommes enfin débarrassés du marxisme, il n'existe plus d'alternative à cette idéologie. Les partis de gauche adoptent peu à peu la social-démocratie et parlent surtout de la défense des travailleurs : s'il faut les défendre contre les capitalistes, c'est que la gauche se résigne à l'existence du capitalisme.
Et s'il existait une alternative ? Un système qui ne soit ni capitaliste, ni marxiste, un système revenant à la définition historique du socialisme : tout travailleur doit posséder son outil de travail.
Au XIXe siècle, Edwin Abbott a
décrit dans Flatland la découverte de la hauteur
par un habitant d'un
monde qui ne connaissait jusqu'alors que deux dimensions, longueur et
largeur. Le
présent
ouvrage propose un moyen de sortir de notre Flatland moderne qui ne
connaît que
capitalisme et marxisme en décrivant une troisième
dimension dans laquelle
l'initiative et la propriété individuelle sont
respectées mais dans laquelle
également les travailleurs possèdent leur outil de
travail et conservent
l'intégralité du revenu qu'ils en tirent.
En fait, sur le plan économique, tout repose sur la propriété des moyens de production. Par "moyens de production", je désigne tout ce qui est nécessaire à un travailleur pour faire son travail, que ce soit l'ordinateur à 300 euros d'un travailleur à domicile ou l'Airbus A380 à 325 millions de dollars d'un pilote de ligne et de son équipage. Dans un système capitaliste pur, l'argent nécessaire à l'achat de ces moyens de production est apporté par des personnes qui ne font aucun travail et qui portant empochent tous les bénéfices produits. Dans un système communiste, les moyens de production sont la propriété de l'état et sont confiés aux citoyens qui sont supposés s'en servir pour produire des biens, chacun selon ses moyens. L'état conserve les produits de leur travail et les redistribue à chacun selon ses besoins. Ces deux approches, celles de la droite et de la gauche traditionnelles, ont chacune des inconvénients rédhibitoires et il faut donc chercher à les remplacer part autre chose, mais quoi ?
Pour
répondre, je suis parti de l'idée de la
coopérative de producteurs, concept
proposé au 19ème siècle par Proudhon qui
suggérait aux ouvriers de mettre leurs
ressources en commun pour acheter leurs outils de production sans
passer par
les capitalistes. L'ennui, c'est que les ouvriers ne sont pas
très riches et
que beaucoup de petits riens même mis en commun ne font pas grand
chose. Le
système marche très bien en France pour des PME mais il
trouve vite ses limites
dès qu'il faut investir pour développer la
coopérative. Il est en tout cas impensable
de l'appliquer à des entreprises de taille mondiale, telles que
EADS, Renault
ou Total. C'est pourtant là que les méfaits du
capitalisme s'exercent à plein.
Cette idée très simple pose toutes
sortes de problèmes:
- Le financement des
coopératives de producteurs par l'Etat risque de renforcer
encore les pouvoirs de nos dirigeants.
Il faut donc
s'interroger sur les moyens de rendre
ces derniers réellement responsables devant les personnes qui
les élisent, donc
modifier du tout en tout le système de gouvernement.
- Il ne suffit pas de permettre à tout individu de
posséder ses outils de travail, encore faut-il qu'il soit
capable de les utiliser.
Il faut donc
s'interroger sur les buts fixés à
l'Education nationale et demander à cette dernière de ne
pas se contenter de
former des élites, mais de donner à chacun l'occasion
d'aller jusqu'au bout de
ses limites personnelles.
Toutes ces questions et bien d'autres sont abordées dans mon
ouvrage et des solutions sont proposées.
Tout cela est-il utopique ? Peut-être. A
vous d'en
décider après avoir lu le
livre "Pour sortir de Flatland"
que
j'ai
publié
chez
In
Libro
Veritas.
Renaud Fortuner
fortuner@wanadoo.fr
Pour sortir de Flatland
En vente sur Internet à l'adresse : http://www.ilv-edition.com/librairie/pour_sortir_de_flatland.html
Le livre est proposé en version PDF
(à télécharger gratuitement) et sur papier (14€
TTC).
Egalement en vente par Amazon sur son site
http://www.amazon.fr (mais un message d'Amazon prétend à
tort que le livre est indisponible).
Visites depuis le 9 février 2009 :
Première chronique :
Qu'est-ce que la Gauche, en 2010 ?
La gauche a gagné, répètent tous les médias. En soi, c'est bien, mais qu'est ce que cette gauche victorieuse ? On peut en gros en distinguer trois composants : le parti socialiste, les partis plus ou moins ouvertement communistes et les écologistes.
A tout seigneur tout honneur ; voyons d'abord le PS puisqu'il est arrivé en tête. Ce parti a clairement abandonné le marxisme, ce qui est une bonne idée, et s'est engagé dans la voie de la social-démocratie, ce qui l'est moins. En effet, la social-démocratie reste dans le cadre économique du capitalisme tout en tentant de préserver les salariés des pires dérives de ce système. On peut être sceptique sur les chances qu'ont les sociaux-démocrates de réussir à donner un visage humain au capitalisme car les capitalistes auront toujours une longueur d'avance sur ceux qui tentent de réguler leurs actions : les crises successives en témoignent. Mais il y a pire. Même si on arrive à maîtriser les excès du capitalisme, on ne pourra jamais supprimer le caractère intrinsèquement pervers de ce système.
En effet, d'où viennent les capitaux qui permettent au capitaliste d'acheter des moyens de production et d'embaucher des salariés pour en tirer un profit ? Dans le meilleur des cas, c'est-à-dire en supposant qu'il ne les a pas volés d'une manière plus ou moins légale, cet argent a été gagné par le futur capitaliste en échange d'un travail qu'il a réellement effectué et qui lui a donc été payé. Au nom de quoi le capitaliste aurait-il le droit moral de se servir de cet argent pour en tirer de nouveaux bénéfices gagnés, eux, par le travail d'autres personnes qui, elles, ne recevraient que leur salaire ? Il est impossible d'accepter cette injustice flagrante inséparable du capitalisme et tout parti qui accepte ce système ne peut se dire de gauche. Ce sera, au mieux, un parti de centre gauche.
A côté du PS, on trouve le Nouveau Parti Anticapitaliste, le Front de Gauche (qui rassemble en particulier le Parti Communiste et le Parti de Gauche de Mélanchon), Lutte Ouvrière et quelques autres groupes. Il s'agit là de partis qui visent bien à supprimer le capitalisme mais qui proposent pour le faire la voie du communisme, c'est-à-dire d'un système dans lequel les moyens de production sont la propriété d'une communauté (l'Etat, le Parti, les Prolétaires, le Genre humain, peu importe), le but ultime étant, selon la formule bien connue, que chacun donne selon ses moyens et reçoive selon ses besoins. Il est clair que les gens qui se disent "de droite" rejetteront toujours cette approche parce qu'ils refuseront de perdre leur individualisme pour se fondre dans la fourmilière communiste. Je serais assez d'accord avec eux sur ce point et je ne pense pas qu'un tel système puisse jamais être accepté sans contrainte parce qu'il est profondément étranger à la nature humaine. D'autre part, on ne pourra jamais supprimer l'angélisme fondamental de cette idéologie. En effet, si tout le monde sera d'accord pour "recevoir selon ses besoins", la plupart des gens rechigneront à "donner selon leurs moyens". Il faudra donc les y contraindre ce qui nous ramènera aux dérives autoritaires et coercitives qu'ont présenté tous les états qui ont tenté de s'engager dans cette voie. Le NPA, le PC et les autres partis communistes sont bien de gauche mais ils s'entêtent dans une voie dont il a été démontré qu'elle était incapable de présenter une alternative au capitalisme viable et acceptable par tous.
La troisième grande force de ce qu'on appelle aujourd'hui la gauche est représentée par les partis qui se disent "écologiques" et qui font de la défense de l'environnement leur principale ligne d'action. Défendre l'environnement, c'est bien, et la situation mondiale actuelle montre qu'une telle action est à la fois indispensable et urgente. Cependant, la défense de l'environnement en soi ne dit rien sur le système économique que l'on veut appliquer. Le programme d'Europe écologie parle de taxe Tobin, donc accepte l'existence de la Bourse, et de la présence de salariés dans les conseils d'administration, donc accepte l'existence d'entreprises capitalistes. On retombe dans la dérive évoquée plus haut dans le cas du Parti socialiste.
Bref, en 2010 la gauche française donne aux électeurs le choix entre un capitalisme soi-disant apprivoisé et diverses variantes du communisme. Qui peut s'étonner que l'abstention soit si élevée ?
Ce qui manque à la gauche et à tous ceux qui sont dégoûtés des deux idéologies traditionnelles, c'est un système qui serait à la fois anticapitaliste et anticommuniste, un système qui viserait à donner aux gens qui travaillent la propriété des moyens de production dont ils se servent.
C'est bien entendu ce que proposent divers groupuscules et associations qui veulent développer l'autogestion et les coopératives de producteurs. L'ennui, c'est que, dans l'état actuel des choses, les salariés qui voudraient sortir du capitalisme et créer des coopératives ne disposent que de leurs salaires, c'est-à-dire de pas grand chose. Ils peuvent espérer créer une petite entreprise mais certainement pas racheter Total ou EADS.
Une solution serait de créer une banque communautaire alimentée par l'impôt et prêtant de l'argent aux personnes souhaitant créer une coopérative de producteurs (ou développer une coopérative existante). Cette banque servirait en priorité à racheter les entreprises sabordées par les capitalistes ou délocalisées pour les rendre aux employés menacés par un "plan social" mais elle devrait également pouvoir reprendre peu à peu la totalité des entreprises et des moyens de production et les rendre à ceux qui s'en servent réellement pour leur travail.
Cette idée très simple pose toutes sortes
de problèmes :
S’il
faut que l’impôt finance les
coopératives de producteurs, il va falloir l’augmenter, ce qui
ne plaira pas
aux contribuables. Il faut donc s’interroger sur les moyens de rendre
l’impôt
acceptable et pour cela le modifier du tout au tout.
Le
financement des coopératives
de producteurs par l’Etat risque de renforcer encore les pouvoirs de
nos
dirigeants. Il faut donc s’interroger sur les moyens de rendre ces
derniers
réellement responsables devant les personnes qui les
élisent, donc modifier du
tout au tout le système de gouvernement.
Il
ne suffit pas de permettre à
tout individu de posséder ses outils de travail, encore faut-il
qu’il soit
capable de les utiliser. Il faut donc s’interroger sur les buts
fixés à
l’Education nationale et demander à cette dernière de ne
pas se contenter de
former des élites, mais de donner à chacun l’occasion
d’aller jusqu’au bout de
ses limites personnelles.
Chacun de ces points soulève de nouvelles questions qu’il ne m’est pas possible d’évoquer ici (voir http://genisys.prd.fr/Flatland.html).
J'ai proposé cette solution depuis deux ans à diverses personnalités politiques, aux syndicats, et même à des commentateurs des médias, mais, à part quelques accusés de réception sans suite, seul m'a répondu un silence assourdissant.
Il est possible que je ne sois qu'un rêveur
à l'esprit fumeux qui
s'imagine avoir démontré la quadrature du cercle mais ma
proposition a le
mérite d'exister. Quand les partis de gauche cesseront-ils de se
perdre en
manœuvres électorales et en querelles de personnes pour se
décider enfin à
définir un système anticapitaliste acceptable par tous, c'est-à-dire un système qui soit
également anticommuniste ?
Deuxième
chronique :
Qu'est-ce que la gauche, en 2010 ? (deuxième partie)
La publication le 29 mars dernier d'une chronique portant le même titre a provoqué un certain nombre de réactions auxquelles je réponds sous la forme d'une seconde chronique (voir aussi http://genisys.prd.fr/Flatland.html qui résume le livre que j'ai publié sur ce sujet).
La critique la plus intéressante, pour moi, est celle-ci, qui porte sur le fond de mon propos : "En quoi la propriété des moyens de production par les travailleurs de l'entreprise (…) est plus juste que la propriété par des capitalistes ou par l'Etat ? Les coopérateurs et les mutualistes sont aussi avides que les capitalistes…"
Il est vrai que la propriété des moyens de production par l'Etat serait le système le plus juste si ce but louable n'avait pas des conséquences que je n'accepte pas. L'idéal communiste est admirable mais il faudrait pour le mettre en œuvre que les hommes soient tous des saints, prêts à se dévouer pour le bien de la communauté. "De chacun selon ses moyens" : franchement, je n'y crois pas et on ne fera jamais admettre cette idée aux gens de droite attachés à l'individualisme et aux gains que doit apporter un travail honnête. Le communisme ne peut être mis en œuvre que par la force et le but ne justifie jamais les moyens.
En revanche, je ne vois pas comment on peut mettre sur le même pied la propriété par les travailleurs et celle par les capitalistes. Que les coopérateurs soient aussi avides que les capitalistes, c'est évident, ce sont tous des hommes ! La différence, c'est que, eux, ils assouvissent leur avidité en mettant les mains dans le cambouis tandis que les capitalistes se contentent de passer des coups de téléphone à leur trader.
D'autres critiques portent sur la capacité des travailleurs à faire fonctionner une entreprise ("Des mutuelles ont prospéré, des coopératives agricoles également, aucune coopérative de production.") et sur mon expérience en la matière "Je me demande si l'auteur a déjà fait partie ne serait-ce que d'un syndic de copropriété...".
Il est vrai que je n'ai jamais eu la "chance" de faire partie d'un syndic de copropriété et que je n'ai jamais travaillé dans le privé. En revanche, j'ai été fonctionnaire de l'état californien pendant 13 ans et j'ai pu constater que les employés auraient été mieux capables d'organiser leur travail que les petits chefs qui les dirigeaient. Il aurait fallu pour cela qu'on leur laisse la liberté de le faire -- et qu'ils en tirent profit, si on se remet dans le cadre des coopératives de producteurs. D'ailleurs, les coopératives de production (SCOP) se portent très bien en France et en Europe.
Les discussions sur la compétitivité des deux formes d'entreprises tournent vite au dialogue de sourds si on omet de préciser le critère selon lequel on mesure cette compétitivité. Pour une entreprise capitaliste, le but est de rémunérer les investisseurs. Une coopérative de production n'a, elle, qu'à assurer le pouvoir d'achat de ses membres. La première devra gagner suffisamment pour payer un salaire à ses employés et rémunérer en plus des oisifs improductifs. La seconde pourra gagner moins puisqu'elle ne comportera que des travailleurs actifs. Notons au passage que, dans une coopérative, les coopérateurs gagnent réellement plus lorsqu'ils travaillent plus, ce qui est une incitation à bien faire plus rentable que tout le harcèlement qu'une entreprise capitaliste peut faire subir à ses salariés.
Il est possible que les critiques citées ci-dessus portent sur l'incapacité d'un groupe de personnes à s'accorder pour aboutir à des décisions logiques. Je suis très conscient de ce problème mais je sais aussi que des techniques de discussion ont été élaborées, dans le privé justement, pour assurer le bon fonctionnement d'un groupe. J'ai évoqué cet aspect du problème dans mon livre et j'ai également indiqué qu'il était nécessaire que ces techniques soient enseignées dans les écoles pour que les enfants apprennent dès leur plus jeune âge à débattre pour élaborer un consensus sans s'engueuler.
D'autres correspondants parlent de la portée géographique de mon système : "ce que vous proposez n'est pas crédible pour la première et bonne raison que la révolution socio-économique dans un seul pays ne tient pas la route" et "Reposez-vous les mêmes questions dans un monde fini (compétition pour les ressources), mais pas avec une vue d'occidental nanti (y compris au SMIC), mais celle d'un père de famille vivant dans un bidonville de Bombay ou une favela de Rio."
Il est évident qu'il n'est pas question de se limiter à la France. Je parle de la France puisque c'est mon pays et que c'est celui que je connais le mieux mais il est évident que ma solution ne pourrait être appliquée qu'à l'échelle de l'Europe en attendant le monde entier. Dans un autre site, http://genisys.prd.fr/Europe.html, je propose une fédération de provinces européennes dans laquelle "tous les impôts actuels, nationaux et locaux, sont supprimés et remplacés par un impôt fédéral unique, proportionnel et progressif, payé par chaque citoyen européen en fonction de son revenu. L'argent est utilisé d'abord pour les programmes européens (défense, etc.), puis le reste est distribué aux collectivités locales pour l'éducation, les programmes locaux, les sports, les arts, etc., cette distribution étant faite proportionnellement au nombre de personnes concernées."
Quant aux habitants des bidonvilles et autres favelas, ils seraient les premiers bénéficiaires de mon système puisqu'on trouve ce type d'habitat dans des pays dont les richesses sont très mal réparties. Une banque communautaire alimentée par les impôts payés, entre autres, par les riches permettrait aux plus pauvres de créer leur coopérative et d'avoir enfin des revenus décents. Nous n'en sommes pas là mais rien n'empêche d'établir ce système en Europe en espérant qu'il fasse école.
Autre commentaire : "Si ce qu'il disait correspondait si parfaitement à la nature humaine, toute personne ayant les moyens de créer son entreprise le ferait, ce qui n'est pas le cas." Mon but, c'est de permettre à chacun de créer une coopérative, même ceux qui n'en ont pas les moyens. Je pense en particulier aux employés de toutes les usines que l'on ferme alors qu'elles marchaient bien, à tous ceux des entreprises délocalisées. Ne pensez-vous pas qu'ils seraient heureux qu'on leur permette de récupérer ces moyens de production et de pouvoir ainsi conserver leur emploi et leur revenu ? Dans l'état actuel des choses, il serait effectivement envisageable pour eux d'essayer de réunir l'argent nécessaire par des emprunts aux familles, aux amis, aux banques, ou par l'accumulation de capital progressive par des prélèvements mensuels de quelques centaines d’euros, comme le suggère le site http://www.autogestion.coop, mais qui osera se lancer dans une telle entreprise ? L'approche que je propose permet de résoudre ce problème.
Enfin l'auteur de la remarque "Pour mettre votre idée en œuvre, il faut fermer les frontières, empêcher la contrebande et le marché noir : il faut donc un état policier!!!" supposait que je voulais résoudre la question du chômage par l'interdiction du licenciement. Pas du tout. Selon moi, si une coopérative ne marche pas, elle doit licencier une partie de ses membres ou même disparaître. Les personnes qui se retrouvent ainsi au chômage peuvent alors demander à la banque communautaire les fonds nécessaires pour créer une nouvelle coopérative dans un secteur plus porteur. Actuellement, que fait-on en période de crise : on licencie, donc on réduit le nombre des acheteurs potentiels des produits des entreprises. C'est vraiment un système à la con ! Avec mon système, à moins d'un effondrement total de la société, il existera toujours des gens qui payent un impôt et cet impôt servira à redonner du travail aux chômeurs, donc à augmenter le nombre de contribuables. On a donc un cycle vertueux au lieu du cercle vicieux des entreprises capitalistes.
Pour conclure, je répondrai au lecteur qui se demande si je suis un jeune étudiant idéaliste que j'ai 66 ans et que ça fait quarante ans que je cogite sur ces questions pour essayer de sortir du royalisme de mes parents sans pour autant embrasser les doctrines communistes. Ayant découvert Proudhon dans les années 80, j'ai vite vu que son idéal coopératif était limité par la pauvreté des ouvriers. J'ai alors pensé au financement des coopératives par l'impôt mais j'ai découvert toute une cascade de problèmes que j'ai essayé de résoudre l'un après l'autre en modifiant l'impôt, le gouvernement, l'héritage et le système éducatif pour aboutir à un système que je pense cohérent. En tout cas, les rares personnes qui ont pris le temps de lire mon livre m'ont avoué qu'elles n'y avaient pas trouvé de faille. ("T'es énervant, chaque fois qu'on croit t'avoir coincé sur un point, on trouve la réponse deux pages plus loin"). Le problème, c'est que mes lecteurs se comptent sur les doigts d'une main. Je remercie les personnes qui ont pris la peine de commenter ma première chronique mais ils ne sont que 17. Depuis la publication de ce texte, seulement une cinquantaine de lecteurs du Monde ont visité le site où se trouve le résumé de l'ouvrage. J'en conclus donc que ma proposition n'a aucune chance de se répandre.
Et pourtant nous sommes en pleine crise. Les gens perdent leur emploi et ils se détournent des partis politiques traditionnels qui ne leur offrent que des luttes de personnes ou des solutions qui se sont déjà avérées inefficaces. Le populisme gagne du terrain. Va-t-on attendre une explosion ou quelqu'un va-t-il enfin s'atteler au problème : le capitalisme, y'en a marre, le communisme, non merci, l'écologie n'est pas une doctrine économique, alors que faut-il faire ? Personne ne veut entendre ce que je raconte. Très bien, entre nous, ça ne m'étonne pas, mais alors bon dieu, sortez-vous les doigts du cul et proposez autre chose.
Résumé
de
l'ouvrage
Pour donner une idée du contenu du livre,
j'en ai tiré quelques passages que vous trouverez ci-dessous.
Bien entendu, ces indications sont très sommaires et, si vous
n'êtes pas d'accord avec l'une de mes propositions, je vous
recommande d'aller lire dans le livre complet le passage correspondant,
il contient
peut-être déjà ma réponse à vos
objections.
Depuis
la sortie de l'ouvrage, en décembre 2008, j'ai prévu d'y
apporter diverses
corrections et additions. Je les mentionne ci-dessous en les signalant
par le
titre "Ajout pour une future édition".
Pour sortir de
Flatland
Renaud
Fortuner
Le
capitalisme et le
marxisme enlacées dans une lutte à mort depuis un
siècle ont tous deux péri
pour donner naissance au système sous lequel nous vivons, une
sorte de
capitalisme adouci par l'Etat socialisant. Si l'on en croit 5 000 ans
d'histoire, les choses n'en resteront pas là et une nouvelle
idéologie
apparaîtra un jour. Je trouve seulement qu'elle prend son temps
et que les
maîtres à penser habituels semblent plus
intéressés à pérorer qu'à
définir un
système neuf
Puisque
personne
ne
s'y
colle,
je
propose aux habitants de Flatland une autre
dimension qui
n'est ni le capitalisme, ni le marxisme, ni surtout cet être
hybride que l'on
appelle la social-démocratie.
Morale
et
biologie
L'idéologie
que
je
propose
se
veut
fondée sur des règles morales, pour
éviter l'erreur des
communistes qui ont cru que la fin justifiait les moyens.
L'homme
est
une
espèce
grégaire
ayant
une forte agressivité et un instinct
territorial très développé.
Donnez-lui de quoi exercer son sens de la possession, ajoutez à
cela
l'intelligence et une tendance naturelle à fabriquer des outils
— donc des
armes — et vous obtenez un mélange assez détonnant qui
aurait dû faire
rapidement disparaître une espèce aussi inventive dans
l'art de se massacrer
elle-même.
Si
elle persista, ce
fut grâce à un phénomène adaptatif
remarquable, le développement de la
conscience, conscience de soi et conscience de l'autre. Seul de tous
les
animaux (excepté peut-être le chimpanzé et, qui
sait, les cétacés), l'homme
apprend au cours de son enfance et de son adolescence à
reconnaître en l'autre un
autre lui-même. Si l'autre est moi, il a les mêmes
sentiments et les mêmes
besoins que moi. Si je le tue ou si je lui prends ses biens ou sa
dignité,
c'est moi que je tue ou que je spolie.
Mon
idéologie est donc
basée sur une approche biologique de la morale, dont le principe
fondamental
est que j'accorde à tout homme l'importance que je m'accorde
à moi-même.
[Note aux lecteurs
éventuels du présent résumé : il
s'agit d'un résumé,
ce
qui veut dire que les quelques lignes qui
précèdent sont tirées d'un chapitre beaucoup plus
long. Elles ne sont destinées qu'à titiller votre
curiosité et elles ne peuvent en aucun cas remplacer la lecture
du texte complet. N'hésitez-pas, il est
téléchargeable gratuitement et mes rares lecteurs
s'accordent à dire qu''il se lit facilement ! La même
remarque s'applique, bien sûr, à chacun des paragraphes
ci-dessous.]
Chapitre
1
-
LE
TRAVAIL
Ajout pour une future
édition : bien poser en
introduction la question fondamentale de la propriété des
moyens de production.
Le
système capitaliste
Pour
qu'il y ait production il faut trois personnes ou types de
personnes : un entrepreneur qui crée une entreprise, des
investisseurs qui
lui fournissent des capitaux et des gens qui effectuent l'acte
productif
proprement dit.
Pour
créer son entreprise ou pour la développer,
l'entrepreneur a
souvent besoin d'argent. S'il n'en a pas lui-même, il doit en
demander à des
investisseurs qui apportent de l'argent mais pas de travail. Cet argent
a été
forcément produit par une autre entreprise, antérieure
à la présente. Cette
entreprise antérieure a bien évidemment
rétribué les investisseurs, puisqu'ils
disposent d'argent à investir. Au nom de quoi les investisseurs
reçoivent-ils
une nouvelle rétribution pour cet argent fossile, puisqu'ils ont
déjà été
payés ? C'est une injustice flagrante puisque certains sont
payés deux
fois tandis que d'autres, les producteurs, ne reçoivent qu'un
salaire fixe pour
leur travail. La justification du capitalisme est purement
pratique : si
les investisseurs ne tiraient aucun bénéfice de leur
argent fossile, ils
n'auraient aucune raison de le prêter à l'entrepreneur.
C'est un raisonnement
purement circulaire qui justifie les capitalistes par le capitalisme et
le seul
moyen d'en sortir, c'est de supprimer à la fois les capitalistes
et leur
système.
Le
système
communiste
L'erreur
fondamentale
de Marx a été d'ignorer la nature biologique profonde de
l'espèce humaine et de
prendre pour artefacts de la société bourgeoise les
caractéristiques dont je
parlais en introduction : sens territorial aigu très ancien
et
développement récent de l'altruisme. En supprimant la
propriété individuelle,
Marx nous empêche de marquer notre territoire. En donnant toutes
les
responsabilités à une entité nationale
(l'état, le parti, le prolétariat,
appelez ça comme vous voulez), il élimine la
nécessité de se battre. Le
marxisme offre à l'homme la sécurité dont
jouissent les animaux d'un zoo.
S'il peut donner
libre
cours à ses penchants naturels, H. sapiens se taille un
domaine en
écrasant ses voisins (à moins que ceux-ci ne soient plus
rapides à lui faire
subir le même sort). A l'inverse, si on lui donne chaque jour sa
pâtée, il se
couche et digère en ronflant toute la journée.
L'autogestion
L'autogestion,
idée
que
l'on
peut
faire remonter à Fourier et surtout
à
Proudhon et qui a été ressuscitée en France
après mai 68, est à première vue
très tentante et le système que je proposerai plus bas
reprend certains de ses
aspects, en particulier le rejet de la notion d'autorité
fondée sur la
propriété, qu'elle soit le fait d'actionnaires ou de
l'état, et la
décentralisation des décisions
Cependant, la
nationalisation générale qu'implique la mise en œuvre de
ce système m'effraie.
Une entreprise aussi révolutionnaire est une proie tentante pour
la réaction
centralisatrice. Une fois l'économie tout entière
nationalisée, il est trop
facile à l'état de s'appuyer sur son rôle de
représentant de la nation pour
s'en emparer. Ce qu'il faut inventer en somme, c'est l'autogestion sans
nationalisation et sans révolution.
Ajout
pour une future édition :
Le paragraphe ci-dessus mérite d'être
développé en précisant les différences
entre l'autogestion et le système que je préconise. En
fait, l'autogestion ne résout pas le problème
de la propriété des moyens de
production. On peut faire de l'autogestion de deux manières :
lce système peut être imposée par le
haut, à la suite d'une
révolution qui donne à l'état la
propriété de tous les moyens de production (c'est en cela
une variante du communisme), ou
elle peut être instaurée par le bas, par la constitution
progressive de
coopératives autogérées. La première
solution ne me tente pas d'une part en
raison du passage obligé par une révolution plus ou moins
violente, d'autre
part parce que l'idée même de donner aux travailleurs leur
outil de travail est
contre-productive. La nature humaine étant ce qu'elle est, les
gens
s'accommodent très mal des choses qu'ils reçoivent
"toutes rôties dans le
bec", surtout si ces choses, ces outils de travail dans le cas
présent,
restent la propriété de l'état et qu'ils n'en ont
que l'usage. De plus,
l'égoïsme naturel de l'homme fait qu'il accepte mal de
travailler pour le bien
de la communauté et qu'il hésitera donc à accepter
tout système qui ne lui
permet pas d'espérer un enrichissement personnel. La seconde
solution bute sur
le problème de l'achat des moyens de production, thème
principal du présent
ouvrage.
La
coopérative de producteurs
Une
solution serait de remettre à la mode les coopératives de
producteurs.
La
principale cause d'échec du système coopératif est
liée à son mode de
financement. Une coopérative de producteurs est l'association
volontaire de
personnes qui mettent leurs ressources en commun pour arracher aux
capitalistes
la propriété de leurs moyens de production. L'ennui,
c'est qu'au moment de la
création de la coopérative, les producteurs sont encore
sous la coupe des
capitalistes et qu'ils ne disposent donc que de leur salaire. Si
celui-ci
suffit à leurs besoins quotidiens, il ne permet pas de
rassembler la masse
d'argent nécessaire à la constitution d'une entreprise
moderne. La coopérative
pourrait espérer s'en tirer en rassemblant un grand nombre de
personnes,
chacune apportant quelques sous jusqu'à ce que l'addition de ces
sommes
pitoyables atteigne le montant nécessaire. Il est possible que
cela marche dans
l'enthousiasme des débuts mais que viennent les premières
difficultés et chacun
reprend sa mise.
Il
faut trouver un système qui permette à chacun de trouver
sa place
tout en cultivant cette conscience des autres qui est notre seule
chance d'éviter
la disparition de notre espèce. Il faut que ce système
permette le libre
développement des qualités individuelles tout en
empêchant les plus doués de
profiter de ceux qui sont moins favorisés par la nature et il
faut que ce
système donne à tous une raison de faire de son mieux. Il
faut enfin que sa
mise en œuvre soit rendue possible par une méthode de
financement réaliste.
Ajout
pour une prochaine édition : J'ai constaté que
certains lecteurs ne vont pas plus loin et se contentent de coller une
étiquette ("c'est de l'anarchisme", "c'est de
l'anarcho-syndicalisme") sans étudier ce que je propose
réellement. Etymologiquement, anarchisme désigne une
doctrine politique (arkhos = chef, anarkhia = absence de chef) et non
une doctrine économique. On pourrait inventer
l'anarcho-capitalisme ! (Parler à ce propos des "libertarians"
américains qui me semblent assez bien correspondre à un
tel concept).
Ce que je propose est d'abord un système économique
(propriété des moyens de production), ce que je dis plus
bas sur le pouvoir n'étant que secondaire. D'autre part, les
anarchistes demandent l'abolition de l'Etat, ce qui n'est pas mon cas.
Je demande en effet que le pouvoir soit donné aux individus, non
qu'il disparaisse. Je
conserve également la possibilité de l'enrichissement
individuel, à condition qu'il soit le résultat d'un
travail réel.
Chapitre
2
-
LA
COOPÉRATIVE
DE PRODUCTEURS
Ce
que je propose, c'est une coopérative de producteurs
délivrée des
causes traditionnelles d'échec de ces associations, c'est une
coopérative qui
ne comprend que des coopérateurs et aucun salarié, c'est
une nouvelle approche
de la direction de l'entreprise par le concept de la
responsabilité des tâches
individuelles et c'est surtout une source de financement qui
évite d'avoir
recours au système capitaliste tout en assurant le volume
financier nécessaire
à la création et au développement de
coopératives de producteurs de toutes les
tailles,
Ajout
pour une future édition : Ajouter
une comparaison entre la coopérative dont je
parle ici et les SCOP (sociétés coopératives de
production) : source de
financement, bien sûr, mais aussi le problème de
l'existence de salariés non
membres des SCOP. Dans le système que je préconise,
toutes les personnes qui
travaillent dans la coopérative de producteurs sont des
coopérateurs et il n'y
a aucun salarié.
Les
droits
et
les
devoirs
des associés
La
coopérative de producteurs que je propose n'a pas
de salariés, elle n'a ni patrons, ni subordonnés. C'est
une association
librement consentie entre des personnes qui, si elles ont toutes des
tâches
différentes, ont toutes les mêmes droits, y compris et
surtout le droit à la
dignité. Chaque associé est responsable de sa tâche
et n'a à rendre compte à
ses collègues que de ses résultats.
Dans
le système coopératif, l'entrepreneur et les divers types
de
producteurs ont les mêmes responsabilités que celles que
le patron et ses
employés ont aujourd'hui dans une entreprise de type capitaliste.
Le
salaire
Chaque
associé reçoit
un salaire qui est comptabilisé en tant que frais de personnel,
exactement
comme cela se fait à l'heure actuelle.
Le salaire
versé aux
associés reflète les compétences de chacun,
l'ingénieur de génie recevant plus
que le concierge. Encore une fois, rien n'est changé, sauf
peut-être la manière
de chiffrer ces compétences.
Le
salaire de chaque associé doit être calculé en
fonction d'un certain
nombre de facteurs objectifs (niveau d'étude ou nombre d'heures
de travail par
exemple) ou subjectifs (poids des responsabilités
attachées au poste, peine
physique, etc.).
Les
bénéfices
Les
bénéfices, de façon très classique, sont ce
qui reste lorsque tous
les frais, y compris les salaires, ont été déduits
du revenu brut.
La
répartition des bénéfices peut se faire
très simplement, chaque
associé recevant une part des bénéfices
proportionnelle à son salaire.
La
création d'une coopérative de producteurs
Qui
peut créer une coopérative de producteurs ? La
réponse directe
est simple : n'importe qui ! En fait, la création
d'une coopérative
de producteurs peut se faire d'une manière très semblable
à celle d'une société
capitaliste traditionnelle. Quelqu'un, l'entrepreneur, a une
idée et réunit les
personnes nécessaires à sa mise en œuvre. Ces futurs
associés sont choisis
selon les critères habituels : diplômes,
expérience, qualités
personnelles, etc. Une fois l'équipe réunie et le projet
défini, il reste à la
coopérative en gestation à obtenir le financement qui lui
permettra de naître.
Puisque
nous
nous
sommes
débarrassés
du capitalisme et puisque
les
futurs associés disposent rarement des fonds dont ils ont
besoin, cet
investissement ne peut venir que de la communauté. Dans le
système que je
propose, l'argent nécessaire provient de l'impôt sur le
revenu et des droits de
succession.
Ajout
pour une future édition : Parler de la mobilité
des
travailleurs ; que se
passe-t-il quand un membre d'une coopérative décide de
s'en aller ? Donner la
réponse après le chapitre sur le financement des
coopératives par l'impôt.
Chapitre
2
-
L'IMPOT
L'impôt
est-il
nécessaire ? Oui, malheureusement ! Encore faut-il
qu'il soit
moralement juste et équitable, c'est-à-dire que les plus
riches payent
proportionnellement plus que les plus pauvres et que, à tous les
niveaux de
ressources, à revenu identique, impôt identique, quelle
que soit l'origine de
ce revenu. Il faut en outre que les contribuables soient capables de
payer
l'impôt qui leur est demandé.
Dans ce chapitre,
je
montrerai que seul l'impôt sur le revenu des personnes physiques
est capable de
répondre aux critères ci-dessus.
La
forme de l'impôt
L'impôt
est-il
nécessaire
?
Il
faut un Etat, et donc des ressources permettant de financer les
activités de cet Etat. Il n'est pas question qu'il assume toutes
les activités
de la communauté, y compris les activités
économiques, mais il doit garantir
une égalité de chances à chacun (éducation,
santé), être le garant du fair-play
des acteurs de la vie économique et sociale (relations entre
entreprises et
travailleurs, relations entre entreprises et communauté, respect
de
l'environnement) et assurer les fonctions publiques telles que
recherche,
infrastructure, etc. Les dépenses de santé doivent perdre
leur statut
particulier et être considérées comme
dépense ordinaire, alimentée par l'impôt
général unique, ce qui nous débarrasse au passage
d'une grande partie de
l'administration de la Sécurité Sociale. L'impôt
devra également couvrir les
dépenses correspondant à l'assurance nationale et aux
retraites. A ces dépenses
traditionnelles, il faudra ajouter la somme nécessaire à
la création des
coopératives de producteurs et au financement de leurs
investissements.
Impôt
de
répartition
Traditionnellement,
le
gouvernement
commence
par
établir
un budget, c'est-à-dire
par engager certaines
dépenses, puis il espère que les divers impôts et
charges qu'il prélève lui
amèneront suffisamment d'argent pour couvrir ces
dépenses. L'existence du
déficit budgétaire montre bien que c'est rarement le cas.
Une
autre façon de voir les choses est d'établir d'abord un
budget
prévisionnel, puis de décider que l'impôt sera
égal à ce budget. Il ne reste
alors qu'à répartir ce produit prédéfini
entre les contribuables, ce qui
explique que ce type d'impôt est appelé impôt de
répartition.
Impôt
sur
le
capital
ou
impôt sur le revenu ?
Si
l'on ne taxait que le capital, seuls les possesseurs de capital
paieraient bien cet impôt dans un premier temps, mais ils se
rembourseraient
ensuite sur leurs clients. Ceci aboutirait en somme à une super
T.V.A.
Sur
le plan pratique, pour payer un impôt sur le capital, il faut de
l'argent. D'où tirer cet argent ? Certainement pas du
capital. Soit ce
capital est immobilisé en installations, machines, etc., et il
est donc
impossible d'y toucher, soit il constitue le fond de roulement
indispensable à
la bonne marche de l'entreprise. On ne peut payer l'impôt sur le
capital
qu'avec l'argent produit par ce capital, c'est-à-dire avec les
revenus.
Impôt
proportionnel
ou
impôt
progressif
?
A
première vue, l'impôt proportionnel semble plus
juste : la charge
de l'impôt est proportionnellement la même pour tous.
Personnellement,
l'idée
d'un impôt strictement proportionnel me révolte. Reprenons
l'exemple d'un impôt
fixé à 20 % du revenu : le smicard qui ne gagne que
mille euros par mois
devrait en verser 200 (et vivre avec 800 euros par mois) tandis que le
P.D.G.
qui a touché un million dans le même temps garderait
encore 800 000 euros
après avoir payé l'impôt. Chez le premier,
l'impôt mange une partie d'un revenu
qui était déjà si maigre qu'il ne lui permet pas
de vivre, chez l'autre, il ne
représente qu'une certaine diminution d'un mode de vie luxueux.
Il me
paraît donc moralement juste que l'impôt soit progressif,
c'est-à-dire qu'une personne ayant des revenus modestes ne paye
en impôt qu'un
faible pourcentage de son revenu et que ce pourcentage augmente lorsque
le
revenu augmente.
Impôt
direct
ou
impôt
indirect
?
Tout impôt
indirect est
fondamentalement proportionnel, donc injuste, en dépit de tous
les ajustements
qu'on peut lui faire subir (par exemple, exempter de TVA les produits
de
première nécessité).
Il
faut donc supprimer tous les impôts indirects, y compris ceux qui
sont prélevés sur les bénéfices industriels
et commerciaux, la TVA, la vignette
auto, la redevance télé, la sécurité
sociale, les prélèvements pour la
retraite, pour le chômage, pour le veuvage et tous les autres, et
remplacer
tout ce fatras par le seul impôt direct sur les revenus
personnels.
Le
calcul de l'impôt
Je
préconise un impôt unique sur le revenu des personnes
physiques,
direct et progressif, établi en répartissant les
dépenses nationales entre tous
les contribuables selon une formule mathématique et fondé
sur une évaluation
aussi précise que possible des revenus de chaque personne
établie à l'aide d'un
suivi informatique de tous les actes économiques.
L'évaluation
des
revenus
Il
est techniquement faisable de suivre à la trace toutes les
transactions effectuées à l'échelle
fédérale pour obtenir une estimation
réaliste des bénéfices des entreprises et suivre
ces bénéfices jusqu'à ce
qu'ils soient empochés par une personne, qui est alors bien
obligée de les
déclarer comme revenus.
Les
abattements
S'il
faut vraiment récompenser les gens qui dépensent bien et
punir ceux
qui dépensent mal, soit, faisons-le, mais ne mélangeons
pas cela avec les
impôts. Gardons à l'impôt sa pureté virginale
et sa simplicité selon le système
qui a été défini ci-dessus et utilisons pour les
récompenses et les punitions
d'autres termes (et des systèmes indépendants)
Le
montant à payer
Cas
général

La
courbe de l'impôt débute au-dessous de l'axe des x (point
RMI) où
elle équivaut à un impôt négatif. La
personne ayant un revenu nul (x = 0)
touche une somme qui lui permet de survivre, équivalente du RMI
actuel (qui
disparaît donc)
Lorsque
cette
personne
gagne
un
petit revenu qui reste inférieur
à une
somme correspondant au SMIC actuel, l'impôt négatif
qu'elle touche commence à
diminuer mais de manière à ce que la somme du revenu
gagné et de l'aide qu'elle
continue de recevoir soit supérieure au montant du revenu
minimum seul.
La
courbe coupe l'axe des revenus en un point qui correspond en gros au
SMIC actuel, recalculé en tenant compte de la disparition des
autres formes
d'impôt et en particulier de la TVA. La personne qui gagne
exactement cette
somme ne reçoit plus aucune aide mais elle n'est pas encore
imposée.
A
mesure que le revenu s'élève, le pourcentage
prélevé s'élève lui
aussi. La courbe de l'impôt est calculée pour que le
Français moyen se retrouve
avec la même imposition globale que celle qu'il supporte
aujourd'hui (tous
impôts directs et indirects confondus).
L'augmentation
du
pourcentage
des
prélèvements
se ralentit peu à
peu
lorsque le revenu continue d’augmenter. Lorsque le pourcentage de
prélèvement
maximal est atteint, la courbe de l'impôt devient une droite dont
la pente
correspond à ce pourcentage de prélèvement maximal.
Les
enfants
et
les
jeunes
Les
enfants reçoivent l'impôt négatif qui est
versé à leurs parents à la
place des allocations familiales. (Tiens, encore une administration qui
disparaîtrait !)
Pour
les étudiants, l'impôt négatif est
complété par un prêt qui permet
au revenu de l'étudiant d'atteindre le revenu moyen (ou
plutôt le revenu
médian) de sa classe d'âge. Naturellement, ce prêt
est remboursable après l'entrée
dans la vie active.
Les
chômeurs
Le
plus simple est de supprimer le problème en supprimant son
origine –
le chômage lui-même – en permettant aux chômeurs de
créer leur propre
coopérative de producteurs s'ils se trouvent dans une situation
qui ne leur
permet pas de retrouver un emploi. Un prêt chômage
semblable au prêt étudiant
permettrait au chômeur de conserver un certain revenu pendant la
période
transitoire.
Le
mode de prélèvement de l'impôt
L'impôt
direct
unique
ne
sera
bien accepté que sous deux
conditions : d'une part que les gens soient d'accord avec la
façon dont
leur argent est employé, d'autre part qu'ils soient capables de
payer l'impôt.
Il
lui est facile de calculer l'impôt dû par chacun et de le
prélever
automatiquement. Le salaire et la part de bénéfice des
coopérateurs sont versés
le dernier jour du mois à minuit et l'impôt est
prélevé le premier jour du mois
suivant à zéro heure. Ce qui reste au matin dans le
compte bancaire est le
revenu net. Vous n'avez plus à vous préoccuper de votre
revenu brut qui n'a
fait que passer dans un crépitement d'électrons et que
vous ne verrez jamais.
Chapitre
4
-
L'HERITAGE
Les
contribuables réconciliés avec l'impôt
accepteront-ils de payer
davantage pour assurer le financement des coopératives ? On
peut l'espérer
car, en fin de compte, c'est à eux et à leurs enfants que
profitera cet argent.
Il
n'en reste pas moins que le système que je propose
représente donc
une somme énorme. A la limite, il faudrait que la
communauté rachète toutes les
entreprises privées et finance la création de compagnies
permettant l'emploi de
tous les chômeurs. Il est évident que cela ne pourra pas
se faire en un jour,
ni même en un an.
Il
faut se résigner à ne prévoir qu'une mise en place
partielle du
système tant que la preuve de son succès n'aura pas
été faite. Le jour où la
demande d'entrée dans le système coopératif
deviendra clameur, gonflée de tous
les dossiers insatisfaits par manque de fonds, il deviendra possible de
proposer au pays l'apport d'une deuxième source de revenus,
celle qui viendra
d'une réforme de l'héritage.
Le
droit à posséder
Il
est évident que nous avons des droits sur ce que nous
acquérons par
notre travail au cours de notre vie. Rejeter ce droit comme l'ont fait
les
communistes aboutirait au désastre que l'on sait. Sur le plan
biologique, il
est nécessaire d'admettre la nature profondément
territoriale d'Homo sapiens.
La
véritable question est de savoir si ce droit s'étend
au-delà de la
mort.
Il
est évident que les enfants de personnes riches ou aisées
possèdent
un avantage énorme sur les fils de pauvres, toutes autres choses
étant égales.
Pourquoi faut-il donc aggraver cette inégalité de
naissance en donnant au
rejeton de parents riches des biens pour lesquels il n'a eu d'autre
peine que
celle de naître dans une famille comme il faut ? Il est plus
juste et plus
moral que ces richesses soient redistribuées
équitablement à l'ensemble de la
communauté.
La
redistribution des biens économiques
Les
biens à redistribuer sont ceux qui constituent la vie
économique de
la communauté : l'argent et surtout les entreprises
industrielles et
commerciales. Tous ces biens économiques appartiennent à
quelqu'un,
propriétaire, actionnaire ou société
financière. Au décès de l'une de ces
personnes physiques, son argent, son commerce ou son usine, ses actions
ou ses
capitaux doivent revenir à la communauté. Grâce au
système coopératif, la
communauté redistribue alors ces biens de façon aussi
équitable que possible
entre tous les membres de la nouvelle génération, quelle
que soit leur origine
familiale.
Conséquences
de
la
réforme
de
l'héritage
Il
n'est pas nécessaire d'augmenter l'impôt dans des
proportions
excessives pour financer le rachat de toutes les entreprises
existantes :
il suffit d'attendre une génération et le passage de la
génération actuelle de
propriétaires. Les biens sont alors rendus à la
communauté qui pourra les
attribuer aux nouveaux producteurs.
Avec le
système
coopératif, la disparition de l'héritage des biens
économiques n'est pas un
sacrifice aussi grand qu'il le serait dans le système
capitaliste, où seuls
survivent les plus forts et les mieux armés. En effet, la
communauté permet à
chaque membre de la nouvelle génération de
s'établir grâce aux biens qu'elle
reçoit de la génération de ses aînés.
Vos enfants ne partiront pas de zéro. Ils
hériteront en quelque sorte, mais pas de vous. La grande
différence est que
chacun débutera dans la vie avec les mêmes chances et
pourra atteindre un
niveau de vie correspondant à ses aptitudes et à son
travail réel.
Chapitre
5
-
LE
POUVOIR
Les
coopératives de
producteurs que je propose seront donc financées par la
communauté avec
l'argent tiré de l'impôt et de l'héritage. On doit
cependant s'interroger sur
la manière dont sera décidée l'attribution des
fonds : qui va décider
quels projets de création de coopérative ou de
développement de coopérative
existante doivent être financés et quels projets doivent
être rejetés ?
L'argent appartient à une communauté, commune, province,
nation, fédération,
c'est donc à cette communauté de décider de cette
attribution. Ceci fait
apparaître des dangers : risque de voir la bureaucratie
devenir encore
plus tentaculaire que ce qu'elle est actuellement, risque de
népotisme et de
favoritisme de la part des responsables de cette répartition,
risque de dérive
mafieuse enfin.
A
cela je ne vois qu'une solution : donner enfin le pouvoir aux
individus et établir pour la première fois dans
l'histoire un système
comportant trois pouvoirs (législatif, exécutif et
judiciaire) réellement indépendants
les uns des autres et réellement contrôlés par les
individus et non par une
oligarchie quelconque.
Les
systèmes
de
gouvernement
Monarchie
La
monarchie, c’est le pouvoir (du grec arkhein, commander) d’un
seul (mono). Un dictateur ou un tyran peut jouir du pouvoir
absolu et,
de nos jours, certains présidents élus sont des monarques
de fait.
Oligarchie
Dans
une oligarchie, le pouvoir appartient à un petit groupe de
personnes (oligo = quelques-uns).
Deux
avatars de l'oligarchie sont particulièrement bien
représentés : la technocratie et la bureaucratie. La
première consiste à
donner le pouvoir réel aux spécialistes possédant
des compétences particulières
dans un domaine donné. Beaucoup de gens considèrent que
les sociétés modernes
sont trop complexes pour être comprises par les profanes et que
seuls les
experts sont dignes de les gouverner. Dans la bureaucratie, le pouvoir
de fait
est abandonné aux administrations dont le personnel,
composé de fonctionnaires
non élus et inamovibles, survit aux gouvernements successifs et,
sans
s'inquiéter des déclarations fracassantes de leur patron
d'un moment, prend des
décisions qui ne devraient être prises que par des
élus.
Démocratie
Dans
une démocratie, le pouvoir est exercé par le peuple (dêmos),
c'est-à-dire
par
l’ensemble
des
membres
d’une communauté.
Il
faut noter également que le peuple est un ensemble de personnes,
non
chacune de ces personnes prises individuellement. Une démocratie
ne donne donc
pas le pouvoir aux individus mais à une entité abstraite
Anarchie
Je
définis l'anarchie, mot dans lequel le pouvoir, arkos, [Note pour une prochaine
édition: erreur éthymologique : arkhos = chef
alors que le pouvoir vient de kratos. En fait, il serait
préférable de parler d'acratie et non d'anarchie.] est
associé au
préfixe privatif "a" exprimant la négation, comme un
système dans
lequel le pouvoir n'est délégué à aucun
individu particulier, à aucun groupe de
personnes ou à aucune entité abstraite telle que le
peuple. Ceci ne veut pas
dire qu'il n'existe plus de lois ni de gouvernement. Pour moi,
l'anarchie ce
n'est pas le bordel, c'est le pouvoir rendus aux individus, enfin
libérés et
jugés dignes de l'exercer vraiment. Pour bien montrer que mon
système est
différent de l'anarchie traditionnelle, il pourrait être
appelé
"omnicratie", le pouvoir à tout le monde donc. [ajout : on porrait penser
aussi à atomocratie (atomos = indivisible = individu ?) mais
ça rappelle le nucléaire !]
Le
système qui
nous gouverne
les
citoyens ont bien le droit de choisir ceux qui les représentent
mais
uniquement parmi un petit groupe de personnes : les membres des
partis
politiques. Revoyez les définitions ci-dessus : nous avons
chez nous non
pas une véritable démocratie mais une oligarchie.
Mon
but dans le présent chapitre va être de montrer qu'il est
possible
de donner enfin le pouvoir aux individus.
Voulons-nous
vraiment
donner
le
pouvoir
aux individus ?
Voulons-nous
vraiment
permettre
à
l'homme
de la rue de prendre des
décisions et de faire des choix ? C'est assez amusant
d'évoquer ce
concept. Même ceux qui aiment l'idée de participation se
hérissent quand on
commence à entrer dans les détails.
Les
admirateurs de la technocratie sont effrayés de la
complexité du
monde moderne et ils pensent que seuls les "experts" peuvent le
comprendre et nous diriger dans ses labyrinthes. C'est confondre la
politique,
c'est-à-dire le choix des buts à atteindre, avec la
définition des moyens
techniques qui permettent de mettre en oeuvre ces choix.
D'une
manière plus générale, nombreux sont les partisans
de
l'aristocratie telle que je viens de la définir,
c'est-à-dire ceux qui
considèrent que seules certaines personnes (en particulier
eux-mêmes et ceux
qui pensent comme eux) sont suffisamment intelligentes pour faire les
choix qui
s'imposent ; les autres sont des abrutis, des blaireaux, bien
incapables
de comprendre ce qui est bon pour eux.
Si
vous pensez, comme moi, que le pouvoir appartient aux individus,
parce que ce sont des hommes, même les plus bêtes et
ignorants d'entre eux, il
faudra bien se résoudre à accorder à chacun la
liberté d’exercer ce pouvoir
comme il l’entend.
Pour
trois
pouvoirs
réellement
indépendants
Pour
rendre enfin le pouvoir aux individus, il faut créer un
système à
trois pouvoirs réellement indépendants les uns des
autres : un pouvoir
législatif qui promulgue des lois, un pouvoir exécutif
qui les applique pour
gérer les biens et les intérêts de la
communauté et un pouvoir législatif qui
veille à ce que ces lois sont respectées. Il faut ensuite
modifier les
conditions de l'élection des représentants des citoyens
pour que les élus
cessent de considérer qu'ils tirent leur
légitimité de leur seule élection et
pour les forcer à exercer leur pouvoir d'une manière qui
reflète vraiment les
désirs des gens qui les ont élus.
Le
pouvoir législatif
Nature
du
pouvoir
législatif
Les
législateurs doivent donc pouvoir décider en toute
indépendance des
projets susceptibles de faire l'objet d'une nouvelle loi. En revanche,
l'assemblée législative ne doit pas s'occuper de la mise
en oeuvre des lois
existantes pour gouverner la communauté, c'est le rôle de
l'exécutif, ni du
respect de ces lois par les personnes physiques et morales, c'est celui
du
pouvoir judiciaire.
Contrôle
des
autres
pouvoirs
Si le
législatif constate que les lois ne sont pas correctement
interprétées par l'exécutif, il les
précise ; s'il constate qu'il manque
une loi, il la promulgue ; et s'il constate qu'une loi a des
conséquences
néfastes, il la corrige ou l'abroge.
Le
pouvoir législatif doit également surveiller le pouvoir
judiciaire en
vérifiant que ce dernier en appliquant les lois respecte bien
les intentions de
ceux qui les ont promulguées.
Choix
des
détenteurs
du
pouvoir
législatif
Je
propose un système dans lequel chaque électeur choisit
son
représentant et fait enregistrer son choix à la mairie de
son domicile. Le
point capital est qu'il peut faire ce choix et surtout qu'il peut le
modifier à
n'importe quel moment, dès qu'il constate qu'il n'approuve plus
l'orientation
de "son" représentant. Il n'y a donc plus d'élections au
sens
habituel du terme mais une situation en constante évolution dans
laquelle
chaque représentant est obligé de rester à
l'écoute des gens qui l'ont mandaté.
Il n'y a pas de limite au nombre des mandats qui peuvent être
délégués à un
même individu et une seule personne peut donc disposer de
plusieurs centaines,
plusieurs milliers ou même plusieurs millions de mandats aux
niveaux de
représentation les plus élevés.
Le
pouvoir exécutif
Nature
du
pouvoir
exécutif
Les
lois adoptées par le pouvoir législatif et
approuvées par le pouvoir
judiciaire doivent être mises en vigueur par un pouvoir
exécutif. Là, pas de
remède miracle, il faut bien que quelqu'un commande.
Un
rôle essentiel du pouvoir exécutif est la
détermination du montant de
l'impôt. Dans le système présenté ici, le
pouvoir exécutif sera chargé de
distribuer les fonds nécessaires à la création et
au développement des
coopératives, dans le respect des lois établies par le
pouvoir législatif et
sous la surveillance du pouvoir judiciaire.
Contrôle
des
autres
pouvoirs
Le
pouvoir exécutif a le droit de s'assurer que les lois
adoptées par le
législatif ne l'empêchent pas d'appliquer le programme
pour lequel il a été
élu. Si c'est le cas, il a le droit de proposer au
législatif de modifier ou de
compléter ces lois.
Choix
des
détenteurs
du
pouvoir
exécutif
Le
pouvoir exécutif est donné à une personne,
élue au vu du programme
qu’elle a défini en fonction des grandes questions qui se posent
à la
communauté au moment de l'élection. Les candidats devront
expliquer en termes
précis comment ils comptent résoudre les questions
d'actualité. Les étapes
définies dans le programme permettront au public de juger si les
réalités
correspondent aux promesses. Si les étapes ne sont pas atteintes
selon le
calendrier originel, le chef de l'exécutif devra repasser devant
les électeurs
pour obtenir un renouvellement de son mandat selon un calendrier
révisé ou
laisser la place à un autre chef de l'exécutif plus
efficace ou moins menteur.
Note
sur
le
pouvoir
financier
Une
banque européenne a été créée sur le
modèle de la banque fédérale
américaine et elle est chargée de déterminer en
toute indépendance la politique
financière de l'Union européenne.
Le
pouvoir financier, s'il est vraiment nécessaire, doit être
un pouvoir
élu, au même titre que les pouvoirs législatif,
exécutif et judiciaire, car
tout pouvoir appartient aux individus membres de la communauté
et ils ont seuls
le droit de le déléguer.
Note
sur
le
pouvoir
administratif
Il ne
suffit pas de rendre à chaque pouvoir les responsabilités
qui lui
incombent car dans la pratique l'application des lois est le fait de
l'Administration et de ses employés.
Pour
réformer le pouvoir administratif il faut d'abord que les
employés
des diverses administrations aient l'obligation d'indiquer le texte sur
lequel
ils s'appuient pour décider des suites à donner à
une demande. Il faut d'autre
part que les textes en question soient compréhensibles par tous.
Il faut enfin
que tout individu confronté à une décision absurde
justifiée par une loi
stupide ait le droit de contester le bien-fondé de cette loi
auprès du pouvoir
législatif.
Ajout
pour une future édition :
Peut-être prévoir un chapitre séparé sur le
pouvoir
administratif ?
Le
pouvoir judiciaire
Nature
du
pouvoir
judiciaire
Le
pouvoir judiciaire est d'abord chargé de s'assurer que les lois
existantes et les lois nouvelles sont valides (conformes à la
constitution, à
la déclaration des droits de l'homme, etc.), qu'elles sont
cohérentes les unes
avec les autres et qu'elles sont complètes, c'est-à-dire
qu'elles tiennent compte
de toutes les situations. D'autre part, le pouvoir judiciaire est
chargé, très
classiquement, de faire respecter les lois en vigueur et de punir les
contrevenants.
Un
troisième rôle, beaucoup moins classique, est de s'assurer
que la
vérité est bien respectée dans toutes les
déclarations faites publiquement.
Les
chiffres ne mentent pas, seule ment la manière de les calculer
et de
les présenter. Il est indispensable que le pouvoir judiciaire
crée un service
indépendant chargé de vérifier les
déclarations faites publiquement en
s'assurant que les chiffres cités sont exacts et que leur
interprétation est
faite selon des règles logiques et statistiques acceptées
par tous.
Contrôle
des
autres
pouvoirs
Le
pouvoir judiciaire doit d'abord contrôler les décisions du
pouvoir
législatif en s'assurant que les lois nouvelles adoptées
par ce dernier sont
conformes à la constitution et compatibles avec les lois
existantes. Le
pouvoir judiciaire doit également contrôler les
agissements du pouvoir exécutif
en s'assurant que celui-ci respecte bien les lois existantes.
Sur
le plan économique, le pouvoir judiciaire doit s'assurer que les
marchés publics sont passés dans les règles et que
les élus et les industriels
locaux ne s'entendent pas pour s'enrichir aux dépends de la
communauté.
Le
pouvoir judiciaire a enfin un rôle important à jouer pour
assurer le
bon fonctionnement du financement des coopératives de
producteurs dans le cadre
décrit par le présent ouvrage en vérifiant que le
pouvoir exécutif respecte
bien les lois qui auront été adoptées à ce
sujet par le pouvoir législatif.
Choix
des
détenteurs
du
pouvoir
judiciaire
Pour
que les détenteurs du pouvoir judiciaire soient
indépendants des
représentants des deux autres pouvoirs, il n'y a qu'une
solution : les
faire élire par l'ensemble des citoyens.
On
peut envisager l'élection d'une assemblée judiciaire
selon des
modalités similaires à celles que j'ai décrites
pour l'assemblée
législative : chaque citoyen donne mandat à un
représentant judiciaire, ce
mandat étant révocable à tout moment par une
simple déclaration en mairie.
Chaque représentant judiciaire dispose dans l'assemblée
judiciaire d'un nombre
de voix qui dépend du nombre de mandats qu'il a ainsi obtenus
des citoyens.
L'assemblée judiciaire nomme les juges et les membres des divers
services dont
j'ai parlé plus haut.
Ajout
pour une future édition : cette
assemblée judiciaire est composée de légistes,
c'est elle qui nomme les juges, les médiateurs, les membres de
la cour des
comptes et du conseil constitutionnel, etc. Les membres de
l'assemblée sont
élus par les citoyens : toutes les opinions du pays y sont
représentées. Elle a
ensuite tout pouvoir pour nommer les autres, mais les
représentants des
citoyens savent qu'ils peuvent perdre des voix s'ils font des choix
contraire
aux opinions des gens qui leur ont fait confiance.
C'est
le système le pire de tous, excepté tous les autres.
Chapitre
6
-
L'EDUCATION
Platon
voulait
donner
aux
philosophes
l'autorité suprême dans sa
République idéale. Si nous voulons donner
l'autorité à tous les citoyens, il
faut qu'ils deviennent tous des philosophes, ou du moins des citoyens
conscients et bien informés.
La
démocratie, la vraie, est impossible si les citoyens ne
possèdent pas
un minimum de connaissances, je l'ai montré à plusieurs
reprises dans les pages
qui précèdent. C'est à l'école de leur
donner ces connaissances.
Pour
que le système que je propose dans ces pages ait une chance de
succès, il faut que le système éducatif
réponde aux demandes suivantes :
·
Il doit
former des citoyens capables de faire preuve d'objectivité
lorsqu'ils ont à prendre position sur un problème
précis et lorsqu'il leur est
demandé de choisir les gens qui les représenteront aux
diverses assemblées.
·
Il doit
apprendre aux jeunes comment collaborer pour étudier un
problème
et aboutir à un consensus.
·
Il doit faire
découvrir aux jeunes l'étendue de la culture humaine.
·
Il doit enfin
donner à tous les connaissances qui leur sont nécessaires
pour exercer le métier qu'ils auront choisi.
Si
les enseignants actuels ne veulent pas se charger de l'éducation
civique et sociale des jeunes, créons un nouveau type de
métier sous un nom
quelconque (tuteur, formateur, moniteur, pédagogue, peu importe)
et
confions-lui cette tâche. Si les programmes existants ne laissent
pas
suffisamment de temps, changeons-les. Si les enseignants manquent de
moyens
matériels donnons leur le budget nécessaire. L'important,
c'est que quelqu'un
se charge de cette éducation civique et sociale, la
réussite du système
présenté ici en dépend.
Ajout
pour une future édition : bien
insister sur le fait que l'école ne doit pas
seulement former des élites mais d'abord permettre à
chacun d'aller aussi loin
que possible en fonction de ses envies et de ses capacités
intellectuelles et
physiques. Donner à tous les mêmes chances sans favoriser
les plus riches.
D'autre part, c'est dans ce chapitre que je
m'avance le plus car je ne suis pas enseignant. J'espère
recevoir un jour de la part d'enseignants des critiques constructives
sur la manière d'atteindre les buts que je définis.]
L'éducation
du
citoyen
L'école
doit
commencer
par
enseigner
aux jeunes à résoudre les
conflits
et à rechercher le consensus plutôt que la confrontation.
L'école
doit
également
enseigner
aux
jeunes l'objectivité et la
manière
d'examiner un problème pour se forger une opinion à son
sujet.
L'école
doit
ensuite
faire
connaître
aux jeunes la nature et les
richesses de la communauté à laquelle ils appartiennent
et de l'environnement
dans lequel ils vivent.
L'éducation
du
producteur
Les
élèves seront informés des différents
métiers qui leur sont offerts
et ils pourront en essayer plusieurs au cours de tests et de stages. Il
n'est
surtout pas question de les forcer à faire des choix
définitifs. Ils expérimenteront,
verront les métiers qu'ils préfèrent et ceux
qu'ils sont capables de faire, ils
s'informeront des possibilités offertes par chacun (postes
disponibles, niveau
de salaire, etc.), mais ils seront libres de changer d'avis autant de
fois
qu'ils le souhaitent. S'ils sont attirés par un métier
particulier, ils
pourront voir quelles sont les connaissances et les aptitudes qu'il
exige.
Ayant
choisi un métier, l'étudiant recevra la formation
appropriée, que
ce soit un stage de quinze jours pour apprendre à manier une
pelle ou sept ans
d'études de médecine.
Le
système éducatif doit s'efforcer de permettre à
chacun de réaliser
ses ambitions et d'aller jusqu'au bout de ses possibilités et de
ses désirs.
Trop
souvent, l'école actuelle cherche à sélectionner
des élites pour
les diriger vers les écoles et les métiers de prestige,
sans trop s'embarrasser
de tous ceux qu'elle élimine en réalisant cet
écrémage. Il faut au contraire
que l'école permette à chacun d'aller aussi loin qu'il le
peut, à son rythme.
La
mesure des connaissances
Il
faut abandonner les examens et les diplômes, pour la bonne raison
que
ce qui était au début un moyen destiné à
vérifier les progrès des étudiants est
devenu une fin en soi : on étudie "pour passer son
bac" !
Il faut au lieu de cela étudier pour acquérir des
connaissances et il faut
trouver un moyen de vérifier si les connaissances acquises le
restent dans le
long terme et pas uniquement le temps nécessaire pour être
recrachées lors de
l'examen.
L'araignée
des
connaissances
les
connaissances acquises pourraient être représentées
sous la forme
d'une sorte d'araignée munie d'un corps et de dizaines de
pattes, chaque patte
comportant de nombreux segments. Le corps correspondrait aux
connaissances
fondamentales (lire, écrire, compter, rédiger, etc.) et
chaque élève le
compléterait au cours de ses premières années
d'école. A partir de ce corps,
pendant les études secondaires, disons en gros pendant
l'adolescence, chaque
élève ferait pousser des pattes correspondant aux
différentes disciplines.
Le
nombre de pattes et de sous-pattes n'est pas limité, ce qui
importe,
c'est que chaque élève ait le choix de s'engager dans les
pattes qui le tentent
et de s'avancer le long de chaque patte aussi loin que ses
goûts et ses
aptitudes intellectuelles et manuelles le lui permettent.
Pour
intéresser les jeunes, on peut présenter les sujets
d'étude comme
un grand jeu vidéo à modules multiples, chaque module
comportant 36 niveaux.
Chaque élève avance à son rythme dans chaque
module et essaye de passer d'un
niveau au suivant. Tous n'atteindront pas le niveau 36 de chaque
module, mais
chaque élève aura la possibilité de
réaliser son potentiel maximum dans chaque
sujet. L'élève devenu adulte aura d'ailleurs accès
aux modules et aux niveaux
qu'il avait atteints pendant ses études. Il aura toujours la
possibilité plus
tard de rouvrir un module et d'essayer d'aller plus loin.
Lors
de l'entrée dans la vie active, l'araignée des
connaissances
permettra de sélectionner les gens qui cherchent à se
joindre à une coopérative
de producteurs existante (ou à en créer une).
Les
moyens
Le
professeur
Dans
le système actuel, le professeur est à la fois un
enseignant, un
gendarme, un secrétaire et un gestionnaire. Il faut le
débarrasser des tâches
subalternes pour lui permettre de se concentrer sur ce qui devrait
être son
activité principale : enseigner.
Le
professeur donnera des cours destinés à tracer les
grandes lignes du
sujet enseigné, à le relier au reste de l'enseignement et
surtout à intéresser
les élèves à la matière concernée
avant d'approfondir les divers aspects de la
question.
Le
tuteur
Le
professeur sera assisté par des tuteurs chargés de suivre
et d'aider
les élèves, d'assurer les tâches administratives et
de faire la liaison entre
les élèves, les parents, l'administration de
l'école et les professeurs. Les
tuteurs devront suivre les progrès des élèves qui
leur sont confiés et les
aider à résoudre les problèmes qui se posent
à eux.
A son
entrée dans le système scolaire, le jeune sera
intégré à un groupe
de dix élèves qui sera confié à un tuteur.
En principe, ce groupe et son tuteur
ne changeront pas pendant toute la durée des études, ce
qui veut dire qu'il
comprendra des bons et des mauvais élèves, des
scientifiques et des
littéraires, des intellos et des manuels, chacun progressant
à son rythme le
long des pattes de l'araignée qu'il aura choisies. Les membres
du groupe se
sépareront à l'occasion pour aller suivre le cours de tel
ou tel professeur
mais ils se retrouveront ensuite pour faire, sous la houlette de leur
tuteur
mais chacun de son côté, les exercices d'application
nécessaires sur leur
terminal personnel.
L'ordinateur
Les
professeurs, les tuteurs, les élèves et leurs parents
seront aidés
dans leurs tâches respectives par les moyens informatiques
nécessaires. Chaque
élève disposera d'un terminal qui lui donnera
accès à son dossier personnel
installé sur le serveur de l'école.
Pendant
toutes
les
interactions
entre
l'élève et l'ordinateur, ce
dernier évaluera l'élève en permanence pour
s'assurer que l'araignée représente
bien des connaissances acquises. Il faudra pour cela inventer de
nouvelles
méthodes de contrôle mais, là encore, je fais
confiance pour cela aux
enseignants, aidés par les informaticiens professionnels
nécessaires :
théoriciens, analystes, ingénieurs des connaissances et
programmateurs
Muni
de son araignée, le jeune adulte pourra chercher une
coopérative
(ou en créer une) dans laquelle il pourra exercer le
métier qu'il aura choisi
et qu'il aime. Plus tard, s'il découvre qu'il a fait fausse
route ou s'il a
simplement envie de changer d'activité, il lui sera donné
la possibilité de
reprendre ses études et de faire pousser de nouvelles pattes
à son araignée.
Convenablement
formé
pendant
toute
sa
scolarité, il saura
également se
comporter en citoyen informé et conscient pour choisir un
représentant qui
agira au mieux des intérêts de la communauté.
CONCLUSION
Calendrier
de
mise
en
œuvre
L'agenda
que
je
propose
peut
être réalisé par étapes,
chaque étape
procurant ses bénéfices propres et, sauf les
dernières, étant indépendante de
la mise en œuvre du système coopératif proprement dit.
La
première chose à faire est la réforme de
l'impôt qui dégagera les
fonds nécessaires.
Pour
lancer le système coopératif il faudra ensuite promulguer
des lois
offrant un cadre à l'établissement de la
coopérative de producteurs, précisant
les devoirs et les droits des futurs associés et permettant de
régler les
conflits qui, l'homme étant ce qu'il est, ne manqueront pas de
s'élever dans
certains cas.
Le
système capitaliste ne disparaîtra pas pour autant et il
subsistera
tant que le nouveau système n'aura pas fait la preuve de ses
mérites et
recueilli l'adhésion du public. Si c'est le cas et une fois le
système
coopératif en place et bien accepté, la réforme de
l'héritage pourra dégager un
excédent de recettes pour étendre à tous les
citoyens les bénéfices de la
coopérative de producteurs.
Les
avantages
du
système
coopératif
Coup
de
fouet
économique
Pensez
à
tous
les
gens
qui voudraient bien monter un commerce ou
devenir
artisans mais qui en sont empêchés par les
formalités, les charges et le manque
d'argent.
Le
chômage disparaîtra-t-il ? En principe, oui, mais sans
doute pas
tout de suite. En effet, les chômeurs ne pourront être
aidés à monter leur
entreprise que dans la mesure où les revenus de l'impôt
permettront de la
financer.
Seule
la réforme de l'héritage permettra de disposer de
ressources
suffisantes pour éliminer ce problème, mais le changement
qu'elle exige dans
les mentalités demandera sans doute beaucoup de temps et on ne
pourra la mettre
en place de sitôt. Dommage.
Changement
de
mentalité
Le
bénéfice le plus important, le plus lent à
apparaître et, je
l'espère, le plus durable sera le changement qui devrait
s'instaurer peu à peu
dans les mentalités. Depuis les débuts de la
révolution néolithique, les gens
savent qu'il faut se battre pour réussir et que chaque
succès est bâti sur une
montagne d'échecs. Pour un roi, combien de sujets, pour un
maître, combien
d'esclaves et pour un riche industriel, combien de salariés mal
payés ?
Soudain,
tout
change.
Les
gens
qui réussissent payent pour aider les
autres à s'établir. Les salariés deviennent des
associés. Les chefs et les
petits chefs se transforment en collègues et leurs anciens
sous-fifres
obtiennent, sinon les mêmes fonctions du moins les mêmes
droits qu'eux. Il
n'est plus nécessaire de se battre, le succès passe par
l'entraide.
Bien
entendu, le singe est toujours là, prêt à montrer
les dents, mais
je ne peux m'empêcher de rêver. Si la bête n'est plus
excitée quotidiennement
par les nécessités de la lutte pour la vie
économique, peut-être
acceptera-t-elle de se calmer et d'aller s'endormir au plus profond du
système
limbique. Peut-être alors l'espèce humaine
réussira-t-elle à subsister
autrement que sous la forme d'artéfacts radioactifs…